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Quand des pilotes dessinent dans le ciel

Depuis de nombreuses années déjà, les sites internet de suivi d’avions grand public tels que Flightradar24 ont été rendus possible grâce, entre autres, à la technologie ADS-B. C’est une fonction qui permet aux avions d’envoyer leur position ainsi que tout plein d’informations, toutes les secondes, grâce à leur transpondeur. Ces informations, très facilement décodables, nous offrent alors la possibilité de voir les tracés des avions sur une carte.

À partir de là, certains ont trouvé une façon originale de s’exprimer : dessiner dans le ciel avec leurs avions !

On commence le 14 avril 2015, avec la compagnie Air Malta qui nous a offert deux magnifiques cœurs au-dessus de Malte.

Et pour comprendre l’histoire, tout commence le 14 février 2014.  Il faut savoir que la compagnie Air Malta propose tous les ans un vol dédié aux amoureux pour de la Saint-ValentinVaint-Valentin. Ce jour-là, le capitaine Charles Borg Giuliano demande sa femme, hôtesse de l’air aussi chez la compagnie, de le rejoindre dans le poste de pilotage. C’est ici qu’il la demandera alors en mariage.

1 an et deux mois plus tard, c’est le jour-J. Les deux amoureux sont accueillis à l’Aéroport où se tient la cérémonie du mariage. Le tout sera ensuite célébré, avec leurs proches, à bord de cet Airbus A319 immatriculé 9H-AEL.


On change de calibre avec cette fois-ci un DR-400, un petit avion de tourisme immatriculé D-EFHN. Et qui dit immatriculation qui commence par D, dit avion immatriculé en Allemagne. Le 12 mars 2016, le pilote a profité d’un vol pour dessiner un avion au-dessus de son pays.

Et il ne s’en arrête pas là puisque’en fin d’année, le 4 décembre, rebelote avec une magnifique fleur. Bon, voulu ou pas, est-il dit que le bout de la tige laissera forcément aux esprits mal placés un petit sourire aux coin des lèvres !

Quelques autres créations faites avec ce même avion :

Et enfin, il terminera l’année 2016 avec des vœux. On regrettera la fote d’ortoggrafe à la fin, mais l’intention est là.


Pour la prochaine histoire, c’est un ULM Silence Twister qui est à l’origine d’un superbe dessin.

Sur les réseaux sociaux, deux camps s’affrontaient. Pour certains, l’appareil dessiné est un Spitfire, pour d’autres, il s’agit de lui-même. Qu’importe, les deux avions ont un profil similaire vu de haut, et puis il faut tout de même reconnaître que le tracé est vraiment très précis ! Pour la petite anecdote, l’appareil est immatriculé G-FUUN.


E. Pourquoi ? Nous n’en savons rien. C’est avec un Cessna 172 que l’oeuvre a été faite.


Après les lettres, les chiffres. Airbus célébrait, lors d’un test en vol, celui qui allait être le 12.000 ème avion livré par le constructeur. Ce vol a eu lieu le 8 mai 2019 à bord d’un Airbus A220-100 destiné à la compagnie Delta Airlines.


Direction les États-Unis maintenant, et plus particulièrement à l’aéroport Boeing-Comté de King, où décollera le vol ayant pour indicatif BOE104X. La compagnie nous a alors offert un magnifique MAX dans le ciel États-Unien.

Il s’agissait d’un vol d’essais classique pour un Boeing 737 MAX, quelques mois avant sa mise en service. Ils en ont alors profité pour opérer cet exploit. Le vol a duré presque 09:00, plutôt pas mal pour un appareil de cette catégorie.


Toujours chez Boeing, c’est au tour d’un Boeing 787 Dreamliner de se dessiner en vol, le 02 août 2017.

Et là, c’est encore plus impressionnant, en particulier quand on compare le tracé du vol avec la taille des États-Unis. Ce vol d’essai aura duré environ 18 heures !

Toujours avec un Dreamliner, un autre vol nous offre cette fois quelque chose d’un peu différent. Le tracé est moins facile à distinguer, mais il est écrit 787, suivi du logo du constructeur Boeing. Le rendu est un peu différent, car l’image provient d’un autre site de suivi : Flightaware.

Toujours un coup de Boeing, où l’on distingue assez difficilement l’écriture 747. Le vol a été effectué par un 747-8, là aussi lors d’un essai en vol.


Et si Airbus s’y mettait aussi ? Nous sommes le 13 décembre 2017 quand un A380 en essais nous a planté un joli petit sapin de Noël au-dessus de l’Allemagne. Ce vol a duré environ 05:00.

Les sapins de Noël ne sont pas que l’oeuvre d’Airbus. Un pilote de Vans RV-9 s’est aussi prêté au jeu, avec un joli sapin, mais sans boules par contre.

Et encore un autre en RV-12.

Pour d’autres, il y a une façon plus directe de vous souhaiter le joyeux noël.


Ici, nous avons affaire à un Baron 58, immatriculé JA50AZ. C’est donc au Japon que le prochain dessin a eu lieu, le 6 février 2019. Sur les deux heures du vol, il aura fallu 1h tout pile pour dessiner un quadriréacteur.


Et parce qu’il fallait bien que quelqu’un le fasse…

Le vol a été fait depuis un Van’s RV-12, petit avion monomoteur, immatriculé N829BM.


Toujours dans les parties intimes, un tracé peu différent avec une vue de côté.

Cela s’est passé en suède, et il s’agissait d’un chasseur de l’armée suédoise en exercice. Et pour la petite histoire, sachez que cette forme suggestive n’est que le fruit du hasard. En effet, le pilote à bord ce jour-là ne faisait que son travail, et a même avoué avoir été très surpris quand il a découvert son chef-d’oeuvre dans les médias, très peu de temps après.


Encore ?? Eh oui.. Aux États-Unis cette fois. C’est à bord d’un T-34C, avion d’entraînement de l’US Navy que deux pilotes ont eu cette merveilleuse idée.

Les deux marines auront pas la suite déclaré qu’ils ignoraient que leur avion pouvait être suivi par des sites grand public. En effet, les gouvernements ont tout à fait le droit de demander à certaines plateformes de ne pas afficher leurs avions. Cependant, cet aéronef était le premier T-34 de la Navy a être équipé ADS-B. Personne n’avait alors songé à le faire masquer.

L’un des pilotes avouera tout de même qu’il n’avait pas l’intention d’afficher publiquement son tracé, mais voulait simplement le montrer à quelques amis pour rigoler. Jugés immatures par leurs responsables, les pilotes auront finalement reçu un simple avertissement, et ont eu pour mission de former leur escadron sur les questions de professionnalisme.


Déjà 3 phallus, et pourtant, bien d’autres en ont encore fait. Avec les cœurs, il faut dire que c’est le dessin le plus produit par les pilotes. La forme est plutôt simple et rapide à faire ! Nous n’irons pas trop dans le détail de chacun d’entre eux mais voici quelques autres exemples :

C’est en Australie que la prochaine oeuvre a eu lieu, et on comprend vite pourquoi le pilote s’est amusé à ça, grâce au message laissé par son tracé : I’M BORED, traduit en français par Je m’ennuie.

Et si le dessin d’un sexe avait pour une fois une signification ? Voilà l’initiative d’une association en Nouvelle-Zélande, destinée à sensibiliser sur le cancer des testicules.

Un autre qui s’amuse, et qui repasse bien plusieurs fois histoire de grossir sa trace !

Un hélicoptère cette fois. Volontaire ou pas ? Mystère. En tout cas elle est bien longue.


Il est temps de passer à autre chose. Un peu d’aviation d’affaires avec Gulfstream et un vol effectué avec un de ses modèles Gulfstream 5. On distingue alors les deux caractères GV

Cessna s’est aussi prêté le jeu en reproduisant son logo dans le ciel


Vous l’aurez sûrement reconnu, il s’agit du Texas qui a été dessiné, proche de Houston, avec la tête d’une vache Texas Longhorn, une race locale.


Voici un vol à l’effigie, non pas des 12 coups de midi, mais du 12 ème homme des Seahawks de Seattle. Sans rentrer dans les détails, il s’agit d’un hommage au public de l’équipe de football américain. À cette occasion, le constructeur Boeing, sponsor de l’équipe, a peint un de ses 747-8F d’essais avec une livrée spéciale, la fameuse Seahawks 12th man livery. C’est cet appareil qui est à l’origine du fameux 12 dessiné en vol au-dessus desÉtats-Unis.

Photo : Dave Sizer

Heureusement, il existe de belles histoires derrière certains de ces dessins. La suivante nous est offerte par un jeune pilote fatigué d’enchaîner les mêmes vols. C’est alors qu’une idée lui est venue : faire un petit clin d’œil à son hérisson de compagnie, prénommé Aristotle.

Le vol a eu lieu au sud-ouest de Londres, à bord d’un Cessna 152. Trop mimi !


Enfin, on va terminer comme nous l’avons commencé, avec de l’amour.

Ici, nous avons un Airbus A330-200 de la compagnie Virgin Atlantic fraîchement livré, qui effectue un classique vol de 2 heures destiné à entraîner ses équipages.

Et la route vue du cockpit :

Pour les intéressés, la compagnie dévoile plus en détails l’organisation de ce vol sur son blog.


Le 21 mai 2017, la compagnie Cathay Pacific organisait un vol en Boeing 777-300 afin de célébrer les 50 ans de la RASHK (région administrative spéciale de Hong Kong). 100 enfants ont été sélectionnés à l’issue d’un concours, permettant par la même occasion à leurs proches de profiter du vol.


Pour finir, un cœur rempli de bienveillance dessiné par des pilotes de la compagnie Air New Zealand, à bord d’un Boeing 787-9.

Le vol a eu lieu le 3 septembre 2017,  et emportait à son bord 50 enfants souffrant de graves problèmes de santé tels que des cancers ou des maladies cardiaques. Durant ce voyage de près de 3 heures, les enfants ont été divertis par deux animateurs de l’émission de télévision The Adam & Eve Show. 


Peut-on dessiner ça comme on veut ?

Ça dépend, car il existe plusieurs cas de figure.

La première possibilité est d’opérer le vol avec un petit avion, en évoluant à vue (VFR). Il est alors plus facile de dessiner ce que l’on veut, en particulier si l’avion vole dans un espace aérien non contrôlé. Autrement, dans un espace aérien contrôlé, le pilote peut indiquer aux contrôleurs aériens ses intentions qui seront ou non accordées. Le problème avec les petits avions est qu’en raison des coûts élevés des équipements, très peu d’entre eux sont équipés d’un transpondeur mode S avec la fonction ADS-B. Or, comme nous l’avons vu au tout début, c’est grâce à cela qu’il est possible d’observer avec grande précision la trajectoire d’un avion sur internet.

Pour les gros avions, très peu en sont encore dépourvus, et il est obligatoire d’être équipé ADS-B depuis de nombreuses années déjà pour les appareils sortis d’usine. Pas de problème donc pour les suivre à la trace. En revanche, les vols des gros porteurs sont effectués sous le régime IFR (Instrument Flight Rules), c’est-à-dire le vol aux instruments. Cela nécessite le dépôt d’un plan de vol, et donc l’approbation des services de la circulation aérienne.

Pour vous donner un exemple, voici la route déposée sur le plan de vol du 777-300 d’Air New Zealand précédent :

NZAA DCT LENGU LEKUS 3808S17405E 3804S17343E 380S17327E 3802S17310E 3806S17249E 3812S17231E (TOC) 3823S17214E 3836S17201E 3852S17154E 3912S17149E 3930S17150E 48S17154E 4034S17215E MILON 4144S17356E FY 4109S17553E 4048S17634E 4036S17651E 4023S17704E 4006S17713E 3943S17716E 3926S17710E 3913S17700E 3902S17648E 3852S17632E CHUTE PARRA 3839S17534E POURO OR (TOD) 3826S17431E 3816S17419E 3808S17405E LENGU DCT NZAA

Vous n’y comprenez pas grand-chose ? C’est normal. On y retrouve quelques intersections, mais la plupart de ces points de la route sont des coordonnées GPS.

Dans ces cas-là, en raison des trajectoires hors routes aériennes, cela demande une certaine préparation, et puis surtout, de l’organisation côté contrôle aérien pour permettre aux avions de dessiner leur tracé sans interférer avec les trajectoires des autres aéronefs.

Vous êtes pilote ? Vous savez ce qu’il vous reste à faire maintenant !

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