G7 : Récit d’un spotter à l’aéroport de Bordeaux-Mérignac

Du 24 au 26 août, le G7 réunissait à Biarritz de nombreux chefs d’états. Comme tout sommet, le ciel français a été le théâtre d’un ballet d’avions officiels.

Alors on peut se demander : Que vient faire l’aéroport de Bordeaux là-dedans si le sommet est à Biarritz, à 170 km de là ?

La raison principale tient aux caractéristiques de l’aéroport de Biarritz. Premièrement, sa piste mesure 2250 mètres contre 3100 mètres pour celle de Bordeaux-Mérignac. De plus, il est bien trop petit, et n’aurait pu accueillir en même temps tous les avions qui y étaient attendus.  Voyez par vous-même :

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Aéroport de Biarritz
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Postes de stationnement à Biarritz

Tous les avions officiels n’étaient pas non plus taillés comme le 747 Air Force One. De nombreux présidents se sont rendus directement à Biarritz à bord de leurs avions. De nombreux avions se sont rendus directement à Biarritz, pour déposer leurs passagers. L’aéroport de Biarritz n’ayant pas assez de postes de stationnement, ils ont alors redécollé pour se stationner à Mérignac, sur la piste 11/29 spécialement aménagée, sur des postes de stationnement commerciaux, ou même sur des aires de la Sabena Technics pour l’A340 Egyptien par exemple.

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Aéroport de Bordeaux-Mérignac

Avec mon homonyme Dylan, nous avons donc profité au mieux de ces quatre jours pour spotter.

Vendredi, premier jour, et au calme

C’est un jour plutôt tranquille. Peu d’arrivées sont prévues ce jour-là. Le plus intéressant à l’ordre du jour : Deux Boeing 777-300ER qui arrivent tout droit du Japon. Il n’est que 13:00 et ils sont prévus pour un peu moins de 17:00. Mis à part du trafic commercial et quelques jets d’affaires, pas grand-chose d’intéressant.

A un moment donné, deux Puma en formation s’annoncent sur la fréquence de la tour. Ils souhaitent transiter par la CTR et ont pour destination Biarritz. Pour la verticale terrain, le contrôleur leur donne un passage en verticale tour. L’occasion d’avoir une belle vue depuis la vigie, mais un peu trop loin pour nous.

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Le reste de l’après-midi n’offrira rien de bien gros. Un hélicoptère de la gendarmerie fera quelques survols de la zone. Il s’agit du F-MJCK, un AS 350 Ecureuil. Un Falcon 2000 viendra aussi casser la routine.

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Il est environ 16:00 quand les choses intéressantes commencent. Le premier des 777 attendus fait son apparition au radar. Il est encore en croisière mais entamera sa descente peu de temps après. Il a pour indicatif JF001, c’est celui qui transporte le premier ministre japonais Shinzo Abe . Il est 16:31 quand il pointe le bout de son nez sur la finale 23.

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Quel colosse ! Mais rien n’est fini. Le second n’est pas très loin derrière, il s’agit du JF002. Je file alors un peu plus loin pour le prendre avec le soleil dans mon dos cette fois-ci… Une dizaine de spotters est déjà là, ainsi que beaucoup de curieux. Je croise un couple de retraités qui me regarde arriver en furie et demande si quelque chose d’autre doit arriver. Ils étaient plutôt contents d’apprendre qu’un second triple 7 était de la partie.

Je ne fus pas déçu. Les couleurs du soleil le rendent tout simplement magnifique !

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Le cliché dans la boîte, retour à la maison. L’heure estimée d’arrivée d’Air Force One pour le lendemain est déjà connue.

Samedi, le grand jour

Le mythique Boeing 747 avec indicatif Air Force One doit arriver. Comme à presque chaque réveil, j’ai le réflexe d’ouvrir mes applis de tracking d’avions sur le téléphone afin de voir si une « surprise » ne pointerait pas son nez. Et bien une surprise, il y en a eu une ! Il est un peu moins de 09:00 et un Boeing 757 (aussi Boeing C-32) de l’US Air Force, immatriculé 90015 est en approche, juste derrière un Embraer 190 de KLM.

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Pas le temps de me rendre à l’aéroport, mais j’ai la chance d’habiter sous l’axe d’approche de la piste 23. La photo n’est pas très nette mais l’important est d’en garder un souvenir.

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Je comprends à ce moment-là que d’autres avions de l’US Air Force peuvent possiblement encore arriver. Je me prépare en vitesse et je fonce à l’aéroport. 1h plus tard, j’y arrive et un groupe de spotters est déjà sur place. Ce sont des membres de l’association BMS (Bordeaux Mérignac Spotters).  Finalement, il n’y aura rien eu de spécial après ce 757.

Vers 11:10, le sourire arrive aux lèvres. Le plot AF1 apparaît au radar. Il est à 33.000 pieds, à 150 km au sud-ouest de Brest.

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Alors qu’on surveille sa trajectoire durant tout ce temps, on a droit de nouveau à l’hélicoptère de la gendarmerie qui fait de la reconnaissance autour des axes de l’aéroport.

09:21, il reste environ 40 minutes avant que l’avion se pose. Tous les spotters sont déjà prêts et impatients, quand un événement vient plomber l’ambiance. Un A320 d’easyJet nous passe juste au-dessus… Dans le sens inverse. La piste en service vient de changer pour la 05.

Trump arrive à Bordeaux dans 30 minutes, et il faut trouver un nouveau lieu à l’opposé de l’aéroport, là où les forces de l’ordre ne nous sortiront pas. Mais l’hésitation reste de mise. Nous sommes plusieurs à nous demander si ce changement de piste n’est pas un leurre. L’ATIS indique que les vents sont favorables à une configuration 05 donc ça se tient.

Le doute est définitivement  levé quand les pilotes contactent l’approche :

Aquitaine approach good morning, Air Force One, 170 descending flight level 150

ATC : Air Force One good morning sir, information Golf, set course ETPAR, expect RNAV approach runway 05

Tout le monde se précipite pour aller à l’opposé de l’aéroport, et le stress monte car en plus de cela, le trafic routier est dense. Beaucoup de gens sont venus voir Air Force One, dont l’arrivée à midi a été annoncée publiquement la veille par le journal Sud-Ouest.

Les bords de la route sont bondés de gens. Beaucoup de personnes se font expulser par les gendarmes, mais de nouvelles viennent aussitôt repeupler les bords des routes. Pendant ce temps-là, l’hélicoptère de la gendarmerie sécurise les axes à très basse altitude, et des hommes sont postés à l’intérieur de l’aéroport, face à la route, pour assurer une protection de l’aérodrome.

A 11:55, l’avion tant attendu se montre enfin.

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Il est si beau, si gros ! Mais cet instant magique n’aura duré que quelques secondes.

Quelques secondes qui auront suffi à voir un avion mythique dont tout le monde a forcément déjà entendu parler. Pour un passionné d’aviation, cela ne laisse pas indifférent. Voir un 747 (VC-25) Air Force One de ses propres yeux, surtout en France est déjà très exceptionnel, le voir à Bordeaux, n’en parlons même pas. Cela ne se reproduira sûrement plus jamais, alors c’était l’occasion à ne pas manquer ! 20 minutes après son arrivée, Trump redécollera pour Biarritz à bord de son 757 arrivé plus tôt le matin.

Maxime, un ami basque en est immédiatement informé en tant que bon avgeek, se rend à l’aéroport de Biarritz afin de spotter le 757 Air Force One.

A savoir : L’indicatif Air Force One peut être utilisé par n’importe quel avion, tant que le président états-unien se trouve à bord. Ce nom n’est pas réservé qu’aux deux Boeing 747 dont il dispose.

Et voilà un magnifique cliché pris par Maxime de l’arrivée d’Air Force One à Biarritz.

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Photo : Maxime. Instagram : @maxime_1410

Du côté bordelais, la fête n’est pas fini puisqu’un second Boeing 757 de l’US Air Force arrive, environ trois quarts d’heure après l’arrivée du 747. Il s’agit du 90017. Il sera garé sur la piste 29, aux côtés de son copain le 747.

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AF1 était l’avion du jour, je l’ai eu, et je n’ai plus qu’une seule envie, sauvegarder la carte SD et publier quelques photos. Au retour, on s’arrêtera malgré tout au seuil de la piste 29 pour voir de loin les deux bolides parqués, et faire quelques clichés.

Dimanche, les derniers invités

Dimanche matin, Dylan m’envoie un message. Une de ses photos prises depuis le seuil 29 est parue dans le journal Sud-Ouest !

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Après cette joyeuse nouvelle, retour aux mêmes occupations : Surveiller et guetter la moindre information sur les arrivées / départs intéressants.

Le bolide du jour est un autre Boeing 747 : le Air India One, ayant pour indicatif AIC1. Il a décollé non pas d’Inde, mais du Bahreïn à 08:10 heure française. 6h30 de vol l’attendent jusqu’à Bordeaux. Il est visible sur Flightradar alors il n’y a pas de difficultés particulières à prévoir son arrivée. Ce n’est toutefois pas le président qui se trouve à bord, mais son premier ministre.

Nous ne lâchons pas pour autant les autres applis de suivi des yeux, au cas où un avion intéressant apparaîtrait par surprise. Je me pointe tout de même à l’aéroport 1h30 avant son arrivée. J’ai pu avoir 3 trafics plutôt intéressants : un Cessna Citation Latitude, et deux CASA CN-235 de l’Armée De l’Air Française. A la radio, sur la fréquence sol, on entend qu’un CASA va se garer sur l’aire de stationnement Bravo. C’est très étrange et on se pose des questions, car ils ont pour habitude d’aller sur la base militaire (BA 106).

Bref, à 14:28, le 747 s’établit en finale sur l’ILS 23. Pendant ce temps, l’hélico de gendarmerie survole les axes et est informé à la radio de la position de « l’officiel« . Il suivra de loin le Boeing et se posera sur la FATO peu après son atterrissage.

4 minutes plus tard, le colosse surgit de derrière les arbres :

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Toujours aussi impressionnant de voir un énorme 747 passer si près ! Les 747 se posant à Mérignac chaque année se comptent sur la moitié des doigts d’une main. Il sera parqué au poste de stationnement B2R. A peine le temps de rentrer chez moi et de regarder le radar, que je vois un CASA ayant décollé, direction de Biarritz.

A ce moment-là, je comprends pourquoi le casa s’est garé sur l’aire Bravo… C’est lui qui a transporté le premier ministre indien vers Biarritz. A la fois original, étonnant, et bien loin des jets utilisés par les autres hommes politiques !

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Avant de partir, petit saut aux grillages de l’aéroport pour prendre en photo l’hélico qui s’est posé quelques minutes plus tôt. Une jolie machine derrière laquelle se cache le Falcon 2000 posé 2 jours plus tôt, ainsi qu’un Gulfstream G-IV de l’armée de l’air chilienne.

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F-MJCO – AS 350

Il ne faut pas trop traîner. En cette période de G7, les forces de l’ordre ne sont pas tendres avec ceux qui rôdent près des grillages. 2 minutes plus tard, nous ne sommes déjà plus là.

Lundi

Nous voilà au dernier jour de ce G7, celui du grand départ. Tous les avions s’en iront aujourd’hui, et c’est une occasion en or, surtout pour attraper ceux que j’ai ratés, ou bien ceux qui étaient arrivés de nuit.

Spotter les départs n’est pas le plus évident. Les avions sont souvent plus hauts, et il est plus compliqué de trouver un endroit adéquat pour bien les prendre. Il existe en réalité des lieux très privilégiés pour cela, mais en raison du dispositif de sécurité renforcé, ceux-ci n’étaient pas accessibles durant ces 4 jours.

Un repérage s’est imposé le matin, et deux lieux ont été retenus après m’être sagement fait repousser par des hommes de la GTA (Gendarmerie des Transports Aériens).

Le premier trafic du jour fût l’Airbus A340 immatriculé SU-GGG. Il était parti plus tôt dans la matinée de Bordeaux, direction Biarritz. Je ne pensais pas le revoir, quand j’ai appris en même temps via Facebook, et Maxime qui écoutait la tour de Biarritz, qu’il allait revenir vers Mérignac.

Peut-être que la piste de Biarritz était trop courte pour que l’avion puisse redécoller chargé en carburant ? Est-il dit qu’à peine la nouvelle apprise, je fonce à l’aéroport, et le voilà qui se pose en piste 23, 5 minutes après mon arrivée. C’était juste.

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C’est maintenant parti pour aller spotter les départs en 23 vers le seuil 05. Un Boeing 757 décolle. Il se rend à Biarritz pour chercher Trump.

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Le 747 Air India One décolle lui à 15:54, direction Delhi.

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Puis le 340 Égyptien prend à son tour son envol… Et il va bouffer beaucoup de piste (merci les sèche-cheveux qui lui servent de moteurs) !

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Il n’y a pas à dire, je trouve cette livrée particulièrement belle. Les deux lumières sur le côté lui donnent aussi un style assez particulier. Cette fois, ça y est. Il part pour de bon.

On arrive en fin d’après-midi, il reste encore quelques appareils au sol. Le soleil a tourné et il vaut mieux changer de lieu pour espérer avoir le soleil de dos. En arrivant au nouveau point de spot, c’est la surprise. Il y a beaucoup de spotters, dont certains même venus de Rennes que j’avais pu croiser là-bas il y a quelques années.

Après quelques départs de trafics commerciaux, l’Airbus CC-150 (A310) de la Royal Canadian Air Force prend son envol. Et c’est dommage pour les photos car il va décoller vraiment très court. Le ciel un peu nuageux masquant légèrement le soleil ne rend pas non plus de très belles couleurs. Pas de chance pour ce soir !

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Juste derrière, en séquence, décollera le 737-700 BBJ de la Royal Australian Air Force.

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Et puis après un long moment d’attente, vient le clou du spectacle, celui pour lequel beaucoup de personnes se sont déplacées : Air Force One ! Tout le monde s’est tu dès que son callsign a retenti à la radio, demandant l’autorisation de rouler au contrôleur sol. Le temps semble long, tout le monde n’attend plus que ça.

Puis vient le moment fatidique :

Air Force One bonjour, lineup runway 23, cleared for take-off, wind 340 degres, 4 knots.

Et le pilote qui répond d’une voix très froide :

Takeoff runway 23 Air Force One

Là, j’ai trouvé le temps long. Il s’est peut-être bien écoulé 1 minute entre la clairance et la mise en peine puissance de ses moteurs. A ce moment, je savais que je ne reverrais probablement plus jamais cet avion de légende. C’était le moment d’en profiter.

Et le voilà qui fend les cieux, pour un retour direct vers les Etats-unis.

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Ça y est, le G7 s’est bel et bien achevé. Il restait encore les deux Boeing 777 Japonais au sol, mais ils allaient partir tard. Ces journées étaient une occasion en or d’immortaliser la présence d’avions militaires et gouvernementaux hors du commun, sur cette belle plateforme régionale. Même si beaucoup d’aéronefs n’ont pas pu être photographiés, l’expérience fut intense. Surveiller toute la journée les fréquences, les radars et les informations sur les départs / arrivées n’est pas de tout repos.

Mon seul regret peut-être, avoir passé un peu trop de temps l’œil dans le viseur. A trop chercher le cliché parfait, on finit par en oublier le réel plaisir des yeux.

One Comment on “G7 : Récit d’un spotter à l’aéroport de Bordeaux-Mérignac”

  1. Bravo et merci pour ces superbes commentaires et photos ! Moi aussi habitant pas très loin de Biarritz ( 25 kms ) j’ai vu quelques décollages et approches, grâce au scanner et radar, décollage de Air Force one à 18h20 lundi mais ceux-ci ( Air Force one ) sont apparemment invisible au radar !! ?? Merci encore.

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