Les avions seront bientôt tous suivis par satellite

L’aviation est à l’aube d’une nouvelle ère. D’ici quelques mois, les avions de ligne seront suivis depuis l’espace grâce à des satellites ADS-B, une totale révolution à l’heure où on en arrive encore à perdre des avions !

Comment sont suivis les avions aujourd’hui ?

Il existe plusieurs façons de suivre des appareils. La plus répandue et moderne est la technologie ADS-B (Automatic dependent surveillance-broadcast). Le fonctionnement est simple : L’avion envoie automatiquement et dans toutes les directions sa position GPS, sa vitesse, son altitude, son cap etc… Des stations situées au sol reçoivent ces informations qui sont transmises aux organismes de contrôle aérien. 

La deuxième technologie, plus ancienne mais toujours un peu présente est la MLAT (Multilateration). Une station au sol (un radar secondaire, aussi appelé SSR) envoie des signaux d’interrogation dans le ciel, et les appareils qui les reçoivent « répondent » en renvoyant des données, mais pas leur position. Ces réponses doivent donc être reçues par au moins 4 stations au sol, qui par triangulation déterminent la position et la vitesse de l’appareil. Pour certains aéroports en zones denses sujettes aux interférences, il peut être nécessaire d’avoir une dizaine de stations pour obtenir un calcul juste.  C’est très coûteux et imprécis sans une forte couverture.

Vous l’aurez compris, qu’importe la technologie, cela nécessite des nombreuses installations, et proposent d’autres contraintes :

  • La couverture du milieu des océans est impossible, idem pour les déserts, les grandes forêts, les pôles…
  • Il peut être compliqué de détecter des appareils à basse altitude quand il y a peu de récepteurs ou dans les zones montagneuses.

La révolution est en marche

D’ici la fin de l’année 2018, c’est donc une révolution qui entrera dans le jeu grâce à la société Aireon, avec la mise en service de 75 nano-satellites qui couvriront 100% du globe en 2019. Ces satellites seront de simples récepteurs ADS-B comme ceux présents au sol, qui renverront sur terre les informations reçues des avions. Ils prendront le relais sur les centaines de milliers de stations utilisées dans le monde par les organismes de contrôle aérien.  Les zones blanches n’existeront plus.
Sera aussi mis en place ce qu’ils appellent le Aireon ALERT, un service gratuit et joignable immédiatement 24/24 dédié aux secours, compagnies aériennes et contrôleurs aériens qui souhaitent connaître la dernière position d’un avion ayant disparu. Un avantage de taille dans le déploiement des secours en zones blanches !


Les satellites sont mis en orbite par la société SpaceX et son lanceur Falcon 9. Chaque lanceur emporte 10 satellites, et à l’heure où vous lisez ces lignes, un certain nombre d’entre eux tourne déjà autour de notre belle planète à 24’000 km/h sur une orbite polaire !

Ces satellites mesurent 9,4 mètres de largeur pour 860kg. Ils orbitent à 780 km d’altitude, et chacun d’entre eux couvre une surface de 3’700 km de diamètre. Sur les 75 déployés dans l’espace, 9 serviront de secours. 6 supplémentaires seront au sol, prêts à être lancés en cas de besoin.


Un bouleversement pour les vols transocéaniques

Aujourd’hui, pour traverser l’atlantique nord, les avions utilisent principalement des routes qui changent tous les jours (les NAT). Il n’y a pas de service radar à proprement parler sur ces routes, qui pourtant deviennent de plus en plus encombrées chaque année.

Comment ça fonctionne ces routes ?

Les routes au-dessus des océans se composent de plusieurs points, des coordonnées géographiques précises, et chaque avion doit passer sur un point (defini au préalable dans son plan de vol) à une heure très précise. Chaque 45 minutes ou à chaque passage d’un point, les pilotes contactent le centre de contrôle par radio HF et indiquent leur position, l’altitude, la vitesse, l’heure estimée du prochain point de passage, et le point suivant. Avec toutes ces informations, les contrôleurs aériens se représentent virtuellement l’espace aérien, et c’est ainsi que nos avions traversent les océans.

Représentation des routes nord-atlantiques sur Flightradar

Qu’est-ce qui va changer pour ces vols ?

Tout d’abord, les satellites recevant des signaux déjà existants, aucune mise à jour des équipements des avions ne sera nécessaire. Immédiatement après la mise en service des satellites, les avions seront visibles au dessus des océans. La technologie étant nouvelle, il se peut que les opérations réelles continuent avec le report de position durant quelques mois / années, le temps que les satellites aient fait leurs preuves.

A ce moment-là, les espacements entre les avions pourront encore être réduits, on y trouvera aussi plus de sécurité, de moindres charges de travail (pilotes ou contrôleurs) et on pourra aussi augmente le nombre de vols transatlantiques !


Vers la fin des vols qui disparaissent ?

On a tous en souvenir la disparition du vol MH370, l’aurait-on retrouvé si cette technologie était en place ? Pas vraiment. Si l’avion a disparu des radars, c’est parce que le transpondeur a été coupé volontairement par un des pilotes. Sans transpondeur, l’avion n’envoie plus la moindre donnée.

Pour que ce genre d’incident ne se reproduise plus, il faudrait ainsi rendre impossible sa désactivation en vol, mais ça, c’est une autre histoire. En revanche, les avions qui s’écraseront dans l’océan ou dans des zones blanches (qui n’existeront plus), seront très rapidement localisés et des vies pourraient être sauvées plus rapidement.


Et l’ACARS dans tout ça ?
Imprimante ACARS à bord d’un avion

C’est quoi L’ACARS ? C’est est un système de communication qui permet principalement la transmission en vol de données avec la compagnie, et le centre de maintenance. Il peut aussi être utilisé pour la réception de bulletins météo, de clairances etc… Aujourd’hui ce système est utilisé par liaisons numériques VHF ou HF, et pour certains avions par satellite. Si l’avion peut envoyer quelques données, les intervalles de transmissions sont trop faibles et le système n’est pas adapté au suivi des avions en temps réel. C’est pourquoi malgré la présence du système ACARS sur le vol MH370, il n’a pu être retrouvé.


Un accès au public pas pour tout de suite

Cette technologie ayant coûté des milliards, n’espérez pas suivre dès demain des vols Paris-Boston au dessus de l’océan sur Flightradar24. Ces données en or seront seulement accessibles aux professionnels et amateurs désirant y mettre le prix ! On peut malgré tout espérer d’ici quelques années avoir des accès publics sur nos sites favoris comme Flightradar, Radarbox24, etc quand la technologie se démocratisera.


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