Selon Thales, les avions n’auront plus qu’un seul pilote

« On en est à des échanges de solutions techniques, de simulation. L’échéance de 2021,2022 n’est pas irréaliste dès lors que l’on y met l’énergie et les moyens. Nous ne sommes pas encore dans une phase d’appels d’offres » a déclaré le PDG de Thales

Des avions avec un unique pilote, donc ? C’est ce qui est envisagé en partenariat avec Airbus. Véritable révolution ou gros risque ? Voici notre analyse !


Réduire les coûts d’exploitation est un enjeu sans cesse remis en question par les constructeurs et compagnies.  Après l’amélioration des moteurs, la baisse des salaires, le travail à la chaîne (cf. Ryanair), voilà qu’on s’attaque à la présence même des pilotes.

Pourquoi ça pose problème ?

La sécurité

Un pilote formé est en capacité de piloter seul un appareil, nos avions sont de plus en plus fiables, c’est indéniable, mais pourtant il y a des situations à ne pas négliger :

Le suicide

Celui du vol Germanwings 9525 est le dernier en date mais l’histoire a déjà essuyé de nombreux autres suicides de pilotes.
Le scénario est toujours le même : Un des deux pilotes quitte le poste pour aller aux toilettes, et le second fait plonger l’appareil après avoir verrouillé la porte du cockpit.

Aujourd’hui, de très nombreuses compagnies appliquent une règle qui veut que quand un pilote s’absente pour faire ses besoins, un PNC vienne le remplacer. Ainsi, un pilote ne reste jamais seul dans le cockpit. Ce n’est pas une solution miracle, mais elle peut fortement dissuader un individu mal intentionné.
Comment justifier alors la suppression d’un pilote quand les compagnies ne peuvent déjà pas confier leur avion à un seul individu ?

La gestion des pannes

Un pilote connaît son avion, mais en cas de grosse panne ou d’urgence, le facteur humain à prendre en compte ! Que fera un pilote seul si tous ses systèmes automatiques lâchent, ou si une défaillance structurelle se produit ?
Entre la panique, la gestion des check-lists et les calculs,  la charge de travail risque de s’avérer dangereuse.
Aussi, s’il n’y a qu’un pilote et qu’il fait un malaise, que faire ? L’ordinateur sera-t-il assez évolué pour maîtriser complètement la machine ?

L’ennui et la fatigue

D’après une étude de l’Association Européenne des Pilotes (ECA) réalisée sur 6’000 pilotes, 75% des pilotes déclarent ne pas signaler à leur hiérarchie leur fatigue. 1/3 des pilotes a avoué s’être déjà endormi en plein vol, et 3/5 ont avoué avoir déjà commis des erreurs à cause de la fatigue. Comment justifier alors la suppression d’un second pilote ?

Aussi, automatiser la majorité des systèmes pour qu’ils aient moins de tâches à gérer reste parfois traître : Perte d’expérience et perte de réflexes de base… On peut aisément imaginer beaucoup d’ennui et quelques pilotes peu scrupuleux se permettant d’utiliser leur téléphone en plein vol ou négliger des procédures. Pourquoi se priver ? Personne ne les voit et ne peut les dénoncer !

Divers éléments

Il y a des consignes mises en place comme le fait que les pilotes mangent chacun un repas différent pour qu’en cas d’intoxication alimentaire, le second puisse être en possibilité de contrôler l’appareil.

En parallèle, Airbus travaille sur une refonte de ses PFD (Primary Flight Display), l’écran qui a remplacé les instruments analogiques. Le but ? Redonner aux pilotes plus de contrôle sur leur appareil.

Dans une interview au journal Usinenouvelle, un pilote déclare même :

Avant, l’industrie aéronautique était très tournée vers l’automatisation. Mais les constructeurs font machine arrière car ils ont remarqué un manque de compétences de pilotage manuel, estime-t-il. Le PFD remet le pilote au centre du cockpit et favorise les aides pour une conduite manuelle…

Voilà ceux grands sujets qui s’opposent donc chez Airbus : N’avoir qu’un seul pilote aidé par des automatismes, et à la fois un retour à un pilotage plus manuel pour garder la maîtrise.

Les avantages de la suppression d’un pilote

Forcément, les coûts d’exploitation seront réduits. On peut imaginer facilement que les compagnies low-cost seront les plus intéressées. Le prix des billets pourrait ainsi très fortement diminuer.
Un commandant chez Ryanair gagnerait 7000€ par mois contre 2400 pour un copilote. Dans certaines grosses compagnies comme KLM, on arrive même à des montants dépassant les 20’000€ par mois pour certains commandants ! Chaque homme en moins sera donc un gain financier.

Moins d’erreurs humaines

Il est clair que même si des accidents sont la conséquence de problèmes techniques, de nombreux crashs sont aussi le résultat d’erreurs humaines !! Avec l’automatisation des systèmes, celles-ci seront donc plus réduites. Il faudra enfin voir si la combinaison de l’humain seul avec sa machine offre plus de sécurité, et si oui, à quelles proportions.

L’augmentation du trafic aérien sera mieux absorbée

L’automatisation des flux aériens permettra d’augmenter les cadences dans les aéroports. Peut-être qu’un jour, les retards ne seront plus que de vieux souvenirs !

Reste à savoir si les pilotes seront prêts à accepter la responsabilité entière d’un appareil. Affaire à suivre…


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